Christophe Badani, Viroflay, Octobre 2020

Au commencement était la typographie. Et Christophe Badani était un de ces disciples. Il faisait même partie de cette génération de graphistes qui ont démocratisé le dessin de caractères typographiques de qualité à une époque où ils n’étaient pas légion. Et c’est par la typographie qu’il a fait la connaissance de Jean-Christophe qui éditait alors un petit blog spécialisé sur Planète typographie (voir son interview de l’époque).

Mon travail porte sur le thème du lisible et de l’illisible et de la construction par la deconstruction.

Après avoir passé des années à concevoir des lettres dans la plus stricte tradition du métier de dessinateur de caractères typographiques, Christophe est revenu à l’esprit de la lettre d’abord par la peinture calligraphique classique, encore signifiante… avant de se diversifier ces dernières années dans la calligraphie abstraite, non signifiante, qu’il appelle écriture asémique (mais on ne trouve pas grand-chose sur internet sur le sujet : c’est pointu comme concept !).

Ecriture asémique Dénuée de contenu sémantique spécifique, l’écriture asémique est vide de sens. Elle laisse au spectateur sa propre lecture et son interprétation. Ce processus est similaire à la façon dont on peut appréhender le sens d’une œuvre abstraite.

Cette peinture évoque d’autres expérimentations. Celles en particulier du peintre Mathieu. Jérôme Peignot, qui n’aimait pas sa peinture, trop attaché au sens de la lettre pour accepter de n’en saisir que le mouvement, en donne une définition fort critique, mais qui n’est pas sans pouvoir s’appliquer au travail de Christophe (la critique mise à part) : « au premier abord, la peinture de Mathieu donne souvent l’impression de plusieurs esquisses d’écritures superposées, d’écritures allemandes de préférence. Mathieu, lui aussi singe l’écriture et l’on ne saurait trouver belle l’une de ses toiles, qu’à la condition de se dire qu’il est difficile, tout en écrivant, de ne pas tracer des lettres et de ne rien dire. Généralement l’ensemble a l’air d’une vaste et monstrueuse signature. » (De l’Ecriture à la typographie). C’est qu’on ne quitte pas le monde de la typographie, sans déclencher quelques passions…